L’écothérapie, plaidoyer pour la sortie du cabinet

La pandémie COVID-19 va profondément marquer le monde de la santé : au niveau des consciences, des structures mais aussi des usages. La télémédecine a été notamment largement plébiscitée ces deux dernières années dans un contexte épidémique qui limitait les déplacements. Sur le seul mois de juin 2020, l’assurance maladie a ainsi enregistré plus d’1,2 million de téléconsultations en France. Cette pratique technologique dégrade la relation patient-médecin mais apporte l’avantage d’un accès aux soins simplifié notamment pour les personnes habitant dans des déserts médicaux.

Nous allons voir que la réponse technologique n’est pas la seule compatible avec les impératifs de distanciation sociale. En effet, l’écothérapie (aussi appelée outdoor therapy), est devenue une option de plus en plus populaire durant l’épidémie. Ces consultations en plein air offraient une alternative plus sûre qu’un entretien dans un espace confiné mais surtout plus humaine qu’une visioconférence.

L’écothérapie est pratiquée depuis plusieurs décennies notamment par des professionnels de la santé mentale mais la pandémie a insufflé un nouvel élan pour cette approche. Il faut dire que l’isolement a causé de graves troubles psychologiques et les relations par écrans interposés sont rapidement devenues insupportables pour certaines personnes. Certains professionnels ont donc sauté le pas en proposant de rencontrer leurs patients en détresse pour une consultation au grand air, assis sur banc ou dans le cadre d’une balade.

 

Le succès du walk and talk

La formule de consultation en mouvement est aussi appelée walk and talk. On attribue le renouveau de cette pratique à Clay Cockrell, un psychothérapeute New-Yorkais. Ce dernier peinait à fixer un rendez-vous avec un patient toujours occupé. Il finit par le croiser par hasard dans Central Park et profite de l’occasion pour discuter avec lui en chemin. Surpris par l’efficacité de l’échange, il renouvelle l’expérience et finalement la propose de manière plus large à sa clientèle au début des années 2000. La Walk and Talk Therapy était née et marketée.

Michael Alcee, psychologue basé à New York raconte : “J’emmène généralement mes clients sur un sentier pédestre semi-privé. La thérapie en plein air est un moyen d’aider les clients et les thérapeutes à rester dans le moment présent. Les gens semblent être plus libres et plus ouverts à l’exploration et au partage lorsqu’ils marchent.” Ces constats semblent donc corroborer avec les études d’impact de la Nature sur la concentration et la clarté d’esprit.

 

Une nouvelle relation entre le thérapeute et le patient

C’est aussi le rapport entre le thérapeute et son patient qui semble évoluer favorablement en étant dans un milieu naturel : la Nature apporte une triangulation relationnelle qui permet au praticien de trouver la distance idéale avec son client. “Contrairement à regarder directement dans les yeux de leur thérapeute, en personne ou sur un écran, les patients peuvent laisser leurs pensées et leurs sentiments vagabonder”, poursuit Alcee.

Nicole Lacherza-Drew, psychologue basée dans le New Jersey, complète : “La relation praticien-patient est un élément très important de la thérapie, tout comme la volonté du patient de parler. Pour certaines personnes, être à l’extérieur fournit un peu de distraction et est moins intense que de s’asseoir face à un professionnel dans une pièce stéréotypée avec des chaises et un canapé. La rencontre semble plus authentique et plus agréable pour de nombreux patients”.

Si l’écothérapie se rencontre fréquemment aux USA, nous pouvons aussi en trouver des adeptes en Europe ou en France. Le cabinet de psychologues Walk2Talk à Lausanne et Genève s’est d’ailleurs spécialisé dans ce type d’accompagnement. En proposant des rendez-vous à leurs clients sur des sentiers de Suisse Romande, ces psychologues sont convaincus de proposer un nouveau type d’alliance thérapeutique : symétrie des statuts (côte à côte), position parallèle (pas de confrontation frontale) et terrain neutre (la Nature).

 

L’écothérapie pour harmoniser les émotions

La responsable du cabinet, Mireille Régis, témoigne : “La Nature est présente tout autour de nous pendant la marche. Elle fait vraiment partie de notre cadre thérapeutique dans le sens où elle offre un espace de discussion neutre, non jugeant, qui nous accepte tel qu’on est. Cela permet de se sentir à l’aise quelle que soit l’émotion ressentie”. Elle poursuit : “La Nature, c’est aussi par définition un univers changeant – une promenade n’est jamais deux fois la même – et non maîtrisable. Cela permet de renforcer la collaboration et la confiance entre le client et le psychologue en les mettant dans la même barque”.

Lors de ses séances, elle propose parfois d’utiliser un objet pour fixer une émotion quand il est difficile pour le patient de trouver les mots : un caillou peut alors devenir une personne ou un morceau de bois un sentiment. Elle constate aussi que les grands espaces permettent aux gens de mieux relativiser leurs problèmes. On retrouve alors cette sensation, déjà évoquée dans plusieurs études, d’appartenir à un tout qui nous dépasse. Or c’est cette fascination douce, en prenant par exemple conscience du temps qui passe dans l’observation d’une rivière, qui va permettre au cerveau de mettre de côté les ruminations et de se régénérer.

Cette théorie est confirmée par une cliente du cabinet Walk2Talk : “J’avais des a priori sur le psychologue avec un divan dans son cabinet. Le fait de marcher libère les pensées et apporte beaucoup de dynamisme. On se sent moins pris émotionnellement et les idées viennent. Rien que de parler en marchant apporte des solutions”.

En 2020, une étude menée par Sam Cooley et publiée dans le journal Clinical Psychology Review sur 22 praticiens et 163 clients confirme les bienfaits de l’écothérapie pour les patients mais aussi pour les professionnels qui la pratique. Ces derniers tirent des bénéfices directs de ces consultations en extérieur : relation avec le patient plus harmonieuse, activité physique régulière. Et cela, sans parler de tous les autres effets positifs sur la santé déjà évoqués d’une immersion dans la Nature.

 

L’écothérapie, une opportunité pour les naturopathes ?

L’écothérapie semble donc être une formidable opportunité thérapeutique qui cumule les bienfaits physiques et psychologiques d’une consultation dans un environnement naturel. Les contraintes techniques paraissent alors bien secondaires au regard des bénéfices cumulés pour le patient mais également pour son thérapeute qui doit simplement oublier sa posture dominante derrière son bureau.

En naturopathie, nous avons beaucoup d’outils pour travailler sur la sphère physique avec toutes les plantes et leurs principes actifs. Pour la sphère émotionnelle, notre palette est beaucoup plus légère, notamment pour agir sur les blocages psychologiques qui sont souvent à l’origine de troubles physiques.

L’écothérapie est une approche qui s’inscrit parfaitement dans les principes de la naturopathie : la personne reste actrice de ses changements et la Nature intervient de manière curative en harmonisant les émotions. Cette démarche semble donc être le parfait complément pour tendre vers une promesse d’approche holistique dans l’accompagnement de la personne.

Pour autant, l’écothérapie semble très loin des préoccupations des naturopathes et plus particulièrement des écoles de naturopathie qui snobent royalement ce type d’approche pourtant bien documentée aujourd’hui sur le plan des recherches.

De mon côté, l’écothérapie est devenue un outil indispensable à ma pratique de naturopathe et je l’intègre pleinement dans mes consultations en extérieur. Vous voulez en savoir plus sur cette approche ? Je vous invite à consulter ma page sur la pratique de l’écothérapie à Nantes.